La ségrégation sociale 24 heures sur 24 en région parisienne

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Pourquoi s’en tenir à étudier la ségrégation sociale à l’heure où les gens dorment ? Dans un article publié dans Journal of Transport Geography, Guillaume Le Roux, Julie Vallée et Hadrien Commenges — tous trois membres du laboratoire Géographie-cités 1 — ont analysé la ségrégation sociale dans l’agglomération parisienne au cours des 24 heures de la journée, en prenant en considération les déplacements quotidiens des différents groupes sociaux.

  • 1. Géographie-cités, UMR8504, CNRS / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Université Paris Diderot. Guillaume Le Roux est post-doctorant à l’INED depuis janvier 2017, Julie Vallée est chargée de recherche CNRS et Hadrien Commenges est maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

En France, la politique de la ville affiche des objectifs de mixité sociale pour lutter contre la concentration des populations les plus défavorisées dans certains quartiers. Cette politique, tout comme les travaux scientifiques relatifs à la ségrégation sociale ou aux « effets de quartiers » sur lesquels elle prend appui, appréhende en grande majorité les divisions sociales de l’espace d’après les lieux de résidence des habitants.

À partir de l'Enquête Globale Transport 2  menée en 2010 en Île-de-France, les trois chercheurs se sont intéressés aux 102 000 déplacements en semaine de 25 500 franciliens de 16 ans et plus. Ils ont ainsi pu calculer des indices de ségrégation et produire des cartes heure par heure de la répartition spatiale des classes sociales (selon le niveau d’études et la catégorie socio-professionnelle).

Globalement, la concentration spatiale des groupes sociaux est moins forte la journée que la nuit avec des indices de ségrégation dits « multigroupes » (Indice de Gini ou indice d’entropie) qui baissent entre 7h et 9h du matin pour remonter progressivement entre 16h et 20h. Les indices « unigroupes » indiquent que les classes supérieures remportent la palme du groupe social le plus ségrégé quelle que soit l’heure, même si leur entre-soi diminue fortement en journée. Souvent pointées dans les discours politiques comme étant les plus concentrées dans la ville, les classes populaires se placent derrière et constituent le second groupe social le plus ségrégé la nuit comme le jour. Au contraire des classes supérieures, leur niveau de ségrégation ne diminue cependant pas pendant la journée.

 

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En caractérisant les 109 secteurs de l’Île-de-France à partir de l’évolution (positive ou négative) de l’effectif de la population présente au cours des 24 heures de la journée, de son profil social moyen et de son hétérogénéité, l’article identifie ensuite non seulement les secteurs franciliens où le profil social de la population demeure relativement stable de jour comme de nuit, mais aussi les secteurs où la composition sociale se modifie fortement la journée du fait du départ ou, au contraire, de l’arrivée de populations venues pour travailler, se distraire, faire leurs courses, etc.

Menée dans le cadre du projet RelatHealth 3, cette recherche donne ainsi à voir les divisions sociales de la région parisienne aux différentes heures de la journée et permet de sortir de la vision statique et nocturne de la ségrégation couramment adoptée par le milieu académique et par les pouvoirs publics.

 

Référence :

Le Roux G., Vallée J., Commenges H., 2017. Social segregation around the clock in the Paris region, in Journal of Transport Geography, Volume 59, pp 134-145 (publié le 17 février 2017)

 Consulter l'article sur Hal

 

 

En savoir plus sur Géographie-cités

  • 2. Les données de l'Enquête Globale Transport sont produites par le Syndicat des transports d'Île-de-France (STIF), en partenariat avec la Direction régionale et interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement d'Île-de-France (DRIEA) dans le cadre de l’Observatoire de la mobilité en Île-de-France (Omnil) et diffusées par les Archives de Données Issues de la Statistique Publique (ADISP).
  • 3. Le projet RelatHealth (coordonné par Julie Vallée et financé par l’Idex Université Sorbonne Paris Cités) vise à renouveler l’analyse des effets de lieux sur la santé des populations en tenant compte de leur mobilité quotidienne.

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