Célébrations à Bichkek pour les 30 ans de l’IFEAC

La Lettre International

À L’HORIZON…

En dépit d’une situation géopolitique tendue qui plombe l’activité des Unités mixtes des instituts français de recherche à l’étranger (UMIFRE) voisines à Kaboul, Téhéran et Moscou, l’IFEAC a célébré son trentième anniversaire les 10 et 11 novembre 2023 à Bichkek.

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Histoire de l’IFEAC

L’Institut français d’études sur l’Asie centrale (IFEAC, UAR3140, CNRS / MEAE) est l’une des 25 UMIFRE placés sous la double tutelle du CNRS et du MEAE. Il joue un rôle d’opérateur scientifique dans les cinq pays de la région : Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Turkménistan.

Installé à Tachkent (Ouzbékistan) en 1993, il est situé à Bichkek (Kirghizstan) depuis 2012. Le seul des cinq pays de la zone dans lequel il demeure difficile de travailler est le Turkménistan, même si des fouilles archéologiques impliquant des collègues français y ont repris en 2023 après avoir été suspendues à cause du Covid-19.

L’IFEAC contribue ainsi, depuis 1993, à l’essor d’une école française de centrasiatistes, dans toutes les disciplines des humanités (allant de l’archéologie jusqu’aux relations internationales). On dénombre ainsi une quarantaine de spécialistes de la région dans les universités françaises, sans compter les dizaines de doctorantes qui assurent la relève des générations. Aucun autre pays européen ne dispose d’une telle implantation scientifique en Asie centrale. Sa principale mission est de soutenir les chercheurs français, européens et centrasiatiques travaillant sur la région.

L’IFEAC possède notamment deux lignes éditoriales majeures : les Cahiers d’Asie Centrale, ainsi que la collection « Centre-Asie » aux éditions Pétra.

S’agissant des bourses, qui sont un instrument majeur pour la circulation scientifique entre l’Asie centrale et la France, l’IFEAC coopère de manière étroite avec la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH-Paris) dans le cadre du programme ATLAS qui propose une aide à la mobilité postdoctorale de courte durée.

Sur le plan des programmes pluriannuels, l’unité participe à divers projets financés par l’Agence nationale de la recherche (ANR), dont l’ANR SPACEPOL, porté par Gülçin Erdi depuis l’Institut français d'études anatoliennes - Georges Dumezil1 , et l’ANR EUGENE, coordonné par Isabelle Gouarné, chargée de recherche CNRS au Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris2 , Lucia Direnberger, chargée de recherche CNRS au Laboratoire d'études sur le genre et la sexualité3 , associée à l’IFEAC, ainsi que Myriam Paris, chargée de recherche CNRS au Centre universitaire de recherches sur l'action publique et le politique. Épistémologie et Sciences sociales4 . En outre, William Rendu, chargé de recherche CNRS affecté à l’IFEAC depuis 2022, est désormais porteur du projet ANR PaleoCALM.

L’IFEAC possède un fonds documentaire important et multilingue (en français, russe, anglais et dans les langues nationales des pays de la région). Compte tenu du déménagement de ses bureaux de Tachkent à Bichkek, initié en 2010 et finalisé en 2012, une partie significative des manuscrits et autres publications conservées par l’IFEAC est restée en Ouzbékistan (près de 18 000 références) alors que la bibliothèque de Bichkek s’étoffe progressivement (environ 4 000 ouvrages).

Enfin, rappelons quelle est la composition de son équipe : l’IFEAC rassemble aujourd’hui six collègues titulaires (trois employées locales et trois chercheurs français, dont un directeur) ainsi qu’une doctorante contractuelle du CNRS avec mobilité internationale. L’unité compte également vingt-six collègues associés et accueille annuellement une vingtaine de boursiers ou stagiaires de niveau Master et doctorat.

Les 30 ans célébrés à Bichkek

Pour cet événement à la fois convivial et scientifique, Vincent Fourniau, directeur de l’unité de 1998 à 2002, a fait le déplacement exprès depuis Paris. Trois anciens employés de l’IFEAC à Tachkent étaient également présents : Ulugbek Mansurov (bibliothécaire de 1995 à 2012), Umid Abdulaev (agent administratif de 1995 à 2010) et Stanislav Ashuraliev (chauffeur de 1993 à 2007). Rappelons que l’IFEAC s’est établi sous la houlette du regretté Pierre Chuvin à Tachkent, sur la base d’un accord bilatéral signé en 1993, puis qu’il a dû fermer sur place en 2010 et qu’il s’est pleinement redéployé à Bichkek en 2012.

Afin de contribuer à la dimension régionale des festivités, certaines ambassades françaises de la zone ont envoyé leurs représentants : Laurent Oriol (conseiller de coopération et d’action culturelle à Tachkent) et Xavier Le Torrivellec (attaché de coopération éducative à Astana avec mandat pour le Kirghizstan, par ailleurs docteur de l’EHESS), et Etienne Lancelot (attaché culturel à Bichkek).

D’autres partenaires du réseau français de coopération ont fait le déplacement : Vivien Fouquet (directeur de l’Alliance française d’Almaty et coordinateur régional des Alliances françaises) et Agnès Bousset (nouvelle co-directrice de l’Institut Sorbonne-Kazakhstan).

Vendredi 10 novembre en fin d’après-midi, l’IFEAC a organisé en ses murs une table-ronde rassemblant les six membres de son équipe actuelle, sept chercheuses et chercheurs associés (une collègue d’Almaty et six de Bichkek, dont Amantur Zhaparov, autrefois responsable de l’antenne de l’IFEAC à Bichkek), un ancien directeur et trois anciens employés locaux de l’IFEAC (période Tachkent).

Le lendemain, samedi 11 novembre en matinée, un séminaire de recherche autour des travaux doctoraux de Yéléna Mac-Glandières (IFG - Paris 8) a drainé un public anglophone composé d’habitués et de nouveaux usagers de l’IFEAC. Son exposé était intitulé comme suit : Material geopolitics of the middle-corridor. Ethnographic insights from Kazakhstan (2022-2023).

Le même jour, à partir de 17 heures, une réception dans la grande yourte de l’ethno-complexe Supara a rassemblé plus d’une centaine de personnes. Plusieurs recteurs d’universités locales, ou leurs fondés de pouvoir, étaient présents (Ala Too, IUK, OSCE Academy, AUCA) de même que le directeur des Archives centrales d’État, la directrice des Archives audio-visuelles et la directrice de la bibliothèque de l’Académie des sciences, organismes partenaires de l’IFEAC tous les trois situés à Bichkek. De nombreux collègues locaux, d’anciens stagiaires ou bénéficiaires de bourses ont participé à cette grande fête, de même que l’ambassadrice d’Allemagne, Gabriela Guellil, ainsi que l’ambassadeur d’Ukraine, Valeryi Zhovtenko.

C’était également l’occasion pour Vincent Fourniau (EHESS) d’effectuer le lancement d’un ouvrage dont il a assuré l’édition scientifique : la traduction française du grand œuvre de Nurbulat Masanov, La civilisation nomade des Kazakhs (530 pages), désormais publiée aux éditions Pétra. Notons que ce travail a mobilisé les ressources de l’IFEAC, ainsi que de nombreux collègues français (Isabelle Ohayon, Catherine Poujol, Xavier Hallez, Julien Thorez, Hélène Rousselot) durant plusieurs années. Nurbulat Masanov, disparu en 2006, a beaucoup aidé les boursiers de l’IFEAC menant des recherches au Kazakhstan dans les années 1990 et 2000. Ce lancement d’ouvrage, effectué en présence de son épouse et veuve Laura Masanova, fait figure d’hommage collectif. Par la suite, c’est Xavier Hallez (IFEAC) qui a exposé au public son ouvrage sous presse : l’édition critique des carnets de voyage de Paul Pelliot, traduits en russe et illustrés par les photographies de Charles Nouette provenant des archives du musée Guimet. Enfin, William Rendu (IFEAC) a présenté le projet ANR PaleoCALM qui vise à étudier les premières traces de peuplement dans les hautes altitudes centrasiatiques (Alaï et Pamir) suivant les variations climatiques.

En somme, ce jubilé a permis d’engager un travail de mémoire revenant non seulement sur les riches heures de l’IFEAC mais aussi sur ses passés douloureux. Les résultats de travaux récents ont été présentés à un public nombreux. Après trois décennies d’activité dans la région, on peut prendre acte de la solidité de l’établissement, de la pertinence de sa production scientifique et de l’étendue de son réseau.

  • 1Institut français d'études anatoliennes - Georges Dumezil (IFEA, UAR3131, CNRS / MEAE).
  • 2Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris (CRESPPA, UMR7217, CNRS / Université Paris Nanterre / Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis). 
  • 3Laboratoire d'études sur le genre et la sexualité (LEGS, UMR8238, CNRS / Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis).
  • 4Centre universitaire de recherches sur l'action publique et le politique. Epistémologie et Sciences sociales (CURAPP-ESS, UMR7319, CNRS / Université de Picardie Jules Verne).

Contact

Adrien Fauve
Directeur de l’Institut français d'études sur l'Asie centrale