Éléments de préfiguration d'un groupement aréal d'intérêt scientifique GIS - Pacifique
Rapport stratégique relatif aux recherches sur le groupement aréal d’intérêt scientifique GIS – Pacifique
La feuille de route qui nous a été confiée pour la mission de préfiguration du projet d’élaboration d’un groupement d’intérêt scientifique (GIS) sur l’Océanie — autrement dit sur les mondes insulaires du Pacifique sud —, rappelle les grands enjeux qui président habituellement à la constitution de ce type de réseaux scientifiques : garantir « la possibilité d’une recherche au plus haut niveau sur les thèmes partagés avec des équipes étrangères » et favoriser l’accès « aux terrains, à l’exploitation d’archives/sources/données à l’étranger ».
Le Pacifique sud, cette zone géographique complexe que l’anthropologue tongien Epeli Hau’Ofa décrivait comme une « mer d’îles », se rapporte à une civilisation océanienne dont, précise l’historien américain Matt Matsuda, les contours sont flous et le centre nulle part. Le terme Océanie revêtant aujourd’hui une consonance restreinte à sa couverture géographique, il lui est préféré dans les relations internationales celui de Pacifique. Ainsi l’organisation du Forum du Pacifique Sud prend le nom de Forum des îles du Pacifique en octobre 2000 et comprend parmi ses membres et observateurs les États et territoires des îles du Pacifique (Mélanésie/Polynésie/Micronésie/Australasie). Par commodité, il sera ainsi retenu dans ce rapport l’appellation de GIS Pacifique, aujourd’hui plus adaptée aux défis contemporains. Un des noms institutionnels proposés pour ce dispositif serait « GIS Institut d’études du Pacifique » ou « GIS Études du Pacifique insulaire ».
Dans cette région, certains des terrains sur lesquels s’est développée de manière privilégiée la recherche française en SHS ne lui sont pas étrangers à proprement parler. C’est notablement le cas avec les pays et territoires et collectivités d’outre-mer (PTOM & COM) français du Pacifique. Toutefois, ces collectivités ultra-marines n’en disposent pas moins de statuts avancés d’autonomie politique et administrative. Dans les domaines de la recherche et de l’enseignement supérieur (organismes de recherche, universités, écoles du supérieur) et des institutions patrimoniales et culturelles d’appui à la recherche (musées et centres culturels, centres de documentation et d’archives, services d’archéologie, etc.), les gouvernements de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française partagent leurs compétences régaliennes à divers degrés avec les autorités de l’État et ses délégations territoriales.
Par-delà leur rattachement institutionnel à la France, les PTOM du Pacifique s’intègrent également à un espace culturel francophone plus vaste, qui comprend notamment la République de Vanuatu (seul membre océanien de plein droit de l’Organisation Internationale de la Francophonie [OIF]). De ce contexte a découlé une orientation préalable à cette mission, celle d’associer prioritairement des institutions françaises ou francophones à ce projet de consortium, de les pressentir à devenir les possibles membres fondateurs. S’appuyer sur cette composante francophone pour l’élaboration d’un GIS Pacifique apparaît comme un gage de pluralisme et de diversité, dans le cadre d’une coopération institutionnelle qui, pour la recherche et l’enseignement supérieur (ESR) dans et sur cette région, viendrait compléter le principal maillage aujourd’hui présent dans cette région, de réseaux à forte dominante anglophone. Du fait de leur environnement le plus proche (Australie, Nouvelle-Zélande), les institutions scientifiques et universitaires francophones y sont confrontées dans le domaine de la recherche et de l’innovation à une concurrence asymétrique quant à la taille et à la langue.
C’est à l’aune de ce périmètre géolinguistique et culturel que, dans le cadre de notre mission, nous avons programmé nos rencontres avec les collègues chercheur.es et enseignant.es-chercheur.es spécialisés en SHS à Paris et Marseille (en mode hybride), à Papeete, Nouméa et Port-Vila (en présentiel). Au travers d’échanges sur les développements de ce projet, notre double tâche suivant les directives reçues prévoyait « 1/ [de] proposer un cadrage scientifique, permettant d’évaluer cette opportunité [d’un GIS], et indiquant les enjeux, objets et questionnements de recherche clés d’un tel projet. 2/ [D’] identifier les chercheur.es/chercheuses, enseignants et enseignantes chercheurs, les centres de recherches, relevant de tous les domaines disciplinaires en sciences humaines et sociales pertinents à votre sens. Ainsi que les partenaires académiques (universités, organismes de recherche, instituts, écoles et autres établissements d’études supérieures). »