La couleur des vitraux de la cathédrale de Reims révèle l'évolution des technologies verrières du Moyen-Âge à nos jours

Résultats scientifiques Histoire

Une collaboration entre des minéralogistes, des chimistes et des historiens de l’art montre que la couleur des vitraux délivre des informations sur l'évolution des techniques de fabrication et de restauration des verres au cours des siècles. En utilisant un nouveau type de spectrophotomètre portable, les chercheurs ont obtenu des résultats permettant de comprendre comment les verriers des périodes modernes et contemporaines ont adapté leurs techniques pour mieux reproduire la couleur des verres médiévaux lors des restaurations successives. Cette étude vient d'être publiée dans la revue Scientific Reports.

Les vitraux constituent l'une des caractéristiques les plus marquantes de l'architecture gothique. Leur fabrication s'est développée aux XIIe et XIIIe siècles en réponse à la taille croissante des ouvertures des monuments médiévaux. Ils servent de supports iconographiques et remplissent l'espace de lumière et de couleurs vives et brillantes qui en font l’un des objets du patrimoine les plus connus du grand public.

Pourtant, la rareté de données quantitatives sur la couleur de ces vitraux limite notre connaissance du contrôle et du choix des colorants utilisés au cours des siècles. En 2016, à l'occasion d'une campagne de restauration de la Grande Rose de la cathédrale gothique de Reims, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, des minéralogistes et des chimistes de l'Institut de Minéralogie, de Physique des Matériaux et de Cosmochimie (IMPMC, UMR7590, CNRS / MNHN, Sorbonne Université) se sont associés à des historiens de l'art du Centre André Chastel - Laboratoire de recherche en histoire de l'art (UMR8150, CNRS /  Sorbonne Université / Ministère de la Culture) et au Synchrotron Soleil pour étudier une palette exceptionnelle de verres colorés. En utilisant un dispositif original de mesure de la couleur et grâce au couplage entre mesures spectroscopiques et études d'authenticité, ils ont obtenu des informations à la fois sur la manière dont les artistes médiévaux ont géré la couleur des verres lors de la création de la Rose, mais aussi sur la façon dont les artistes verriers ont géré leur fabrication, lors des campagnes de restauration récentes, pour intégrer des verres modernes respectant l'harmonie du bâtiment médiéval.

La campagne de restauration de 2016 a permis l'analyse de panneaux choisis pour leur diversité de couleur et leur âge. Un spectromètre optique portable, conçu à l'IMPMC pour effectuer des mesures sans contact, a été utilisé dans l'atelier France Vitrail au Mans, où la Grande Rose était restaurée. Ces mesures spectroscopiques permettent de savoir sous quelle forme chimique les éléments de transition utilisés dans la coloration du vitrail sont incorporés dans la structure du verre, en particulier leur degré d'oxydation et donc les conditions d'élaboration de ces verres. Alors que pour le rouge et le jaune, aucune différence de couleur significative n’est observable entre les verres anciens et modernes, pour le bleu et le vert, les méthodes de coloration des verres ont évolué au cours des siècles, en utilisant des colorants différents, par exemple le cuivre ou le chrome. Par ailleurs, il est remarquable de constater que, pour les verres incolores, les verriers du XIXe siècle ont volontairement dégradé la qualité de leurs matériaux, afin de reproduire l'imperfection des verres incolores médiévaux et de ne pas montrer de façon trop évidente leurs interventions lors de travaux de restauration.

Cette étude ouvre la voie à une meilleure compréhension des vitraux médiévaux, dans des régions variées de l'Europe occidentale ayant fait appel à des ateliers distincts. Elle apportera des informations sur les transferts de technologies et les trajets commerciaux dans cette période encore mal connue de notre histoire.

Détail d'un panneau, montrant les zones restaurées (astérisques blancs)
Détail d'un panneau, montrant les zones restaurées (astérisques blancs)

Référence

Capobianco N., Hunault M., Balcon-Berry S., Galoisy L., Sandron D., Calas G. 2019, The Grande Rose of the Reims Cathedral: an eight-century perspective on the colour management of medieval stained glass, Scientific Reports, Nature Publishing Group, 9 :3287.
DOI :10.1038/s41598-019-39740-y

Contact

Laurence Galoisy
Maître de conférences UPMC, Institut de minéralogie, de physique des matériaux et de cosmochimie
Georges Calas
Professeur UPMC, Institut de minéralogie, de physique des matériaux et de cosmochimie
Dany Sandron
Professeur, Sorbonne Université, Centre André Chastel