Le Laboratoire poétique : poésie en LSF, création et traduction

Sciences du langage

Le « Laboratoire poétique » est né de la rencontre entre l’association Arts Résonances, le service d’interprétation Des’L et le laboratoire de linguistique Structures Formelles du Langage (SFL, UMR 7023, CNRS / Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis) ; il s’intéresse en particulier à l’interprétation-traduction de la poésie en langue des signes.

La traduction poétique entre langues orales est une question complexe qui implique une réécriture, un nouveau travail de création poétique par les traducteurs et traductrices. Elle se fait généralement à deux — une traductrice ou un traducteur de la langue d’origine et un ou une poète de la langue d’arrivée — pour obtenir un texte hybride entre l’univers du ou de la poète et l’univers culturel de la langue d’arrivée.

A priori, le défi n’est pas différent en langue des signes française (LSF). Pour autant, les spécificités de la LSF, langue visuo-gestuelle sans écriture, avec ses propres contours sociolinguistiques, posent de nouvelles questions théoriques en linguistique, littérature ou traductologie, des questions de fond auxquelles les interprètes sont rarement confrontés. Ici, ils et elles sont face aux choix de tout traducteur ou traductrice littéraire, à savoir qu’il y a plusieurs « bonnes » traductions possibles du même texte. Naturellement, ces questions en entraînent d’autres : quel est le statut de l’image poétique dans une langue visuelle ? Qu’en est-il du rythme et de la musique intérieure de la poésie ? Comment tout cela fonctionne-t-il en LSF ? Quelle est la place de la performance en traduction ? Mais aussi : comment appréhender d’autres formes poétiques en langue(s) des signes telles que le chansigne1ou la forme narrative iconique du Vernaculaire Visuel2?

Pour traiter de ces questions, Arts Résonances a mis en place un groupe de recherche-création, le « Laboratoire », en rassemblant des chercheurs et chercheuses — notamment du laboratoire SFL —, des enseignants et enseignantes, des poètes, des interprètes, des comédiens, comédiennes ou artistes sourds. L’objectif est de réfléchir au statut et au développement en LSF d’une littérature poétique et de son apport pour le champ théorique de la poétique. Cette réflexion s’appuie sur une pratique et des échanges autour de la création poétique et de sa traduction entre langues et modalités variées (parlée, signée, écrite).

Des sessions du Laboratoire sont organisées régulièrement en France, par exemple au site Pouchet du CNRS, à Paris. Les sessions sont interprétées et enregistrées, constituant alors des ressources pour leur exploitation scientifique et artistique. Ainsi, se constitue progressivement non seulement un corpus bilingue de réflexions théoriques et pratiques, mais aussi un corpus de poésies traduites en LSF ou depuis la LSF, tant à l’usage des chercheurs et chercheuses, que des enseignants et enseignantes spécialisés ou des interprètes.

Outre ces sessions du Laboratoire, les travaux sont présentés lors de festivals (Voix Vives à Sète, Gratte-Monde à Saint Martin d’Hères, Eauditives à Toulon, Marché de la Poésie à Paris) ; selon leur domaine de prédilection, les membres du Laboratoire sont également invités à participer à des tables rondes, conférences, ateliers… Les publications issues de cette collaboration recouvrent une Anthologie bilingue (Les Mains fertiles, Brigitte Baumié3), des articles ou numéros thématiques parus dans des revues spécialisées4, ainsi que, cet été 2020, un numéro spécial de la revue Gazette Poétique et Sociale des éditions Plaine Page, consacré à la poésie, la traduction et la langue des signes. Ce numéro papier — qui intègre la LSF comme langue d’étude mais aussi comme langue de travail, grâce à des liens vers un site dédié — propose des articles de fond et de la poésie5. Ce numéro a été conçu et préparé par Brigitte Baumié en résidence chez Plaine page, en partenariat avec Arts Résonances, Des’L, et Marion Blondel, chargée de recherche CNRS au laboratoire SFL. À cette occasion, des  entretiens vidéos ont été réalisés entre les poètes Levent Beskardès et Laurent Grisel, ainsi qu’entre deux figures du « réveil » de la poésie Sourde : Marie-Thérèse L'Huillier et Chantal Liennel. Ces entretiens bilingues (LSF-français, grâce aux interprètes-traductrices Marie Lamothe et Aurore Corominas) sont accessibles sur Canal U, grâce à la collaboration de Thomas Guiffard, ingénieur audiovisuel au sein de l’unité Pouchet (UPS2776, CNRS).

  • 1. Le chansigne est la traduction et adaptation en langue des signes d’une chanson ou une création directe en langues des signes qui se caractérise par un tempo régulier.
  • 2. Le VV pour Visual Vernacular est une variante ou un registre de discours artistique très iconique dans les langues des signes.
  • 3. Les Mains fertiles, Anthologie établie par Brigitte Baumié, Éditions Bruno Doucey, Paris, 2015.
  • 4. Catteau F., Blondel M. 2016, « Paris 8 à l’heure de la poésie et de la traduction en langue(s) des signes », Journal de l’AFILS, Numéro 92 : 16-22 ; Blondel M. 2016, La poésie à double sens et dans tous ses états : écriture, voix, corps, Double Sens, Traduire la poésie en langue des signes, 6: 7-8.
  • 5. Poésies Sourdes, Les enjeux de la traduction en LSF, n° collecté par Brigitte Baumié en coproduction avec Arts Résonances, Editions Plaine Page, 2020.

Contact

Marion Blondel
Chargée de recherche CNRS, Structures formelles du langage