PME en crise ? Comment renforcer la résilience des entreprises

Résultats scientifiques Economie/gestion

La capacité de résilience organisationnelle des petites et moyennes entreprises (PME) est devenue un enjeu socio-économique majeur pour l’économie française et pour la création d’emplois. À la fin 2017, l’ERC a diligenté une étude européenne sur la résilience des PME, soutenue par J.P. Morgan Chase Fondation, et portée, côté français, par Catherine Laffineur, maître de conférences en sciences économiques à l'Université Nice Sophia Antipolis et membre du Groupe de Recherche en Droit, Économie, Gestion (GREDEG, UMR7321, CNRS / Université Côte d’Azur). L’étude concernait tout particulièrement l'entrepreneuriat sous-représenté — femmes, immigrés et entrepreneurs des quartiers populaires. Elle vient de donner lieu à la publication du rapport Building better business resilience.

Portant sur 2 975 petites entreprises dans cinq des villes les plus dynamiques du continent — Londres, Paris, Francfort, Milan et Madrid —, l’étude s'est concentrée sur les expériences d'environ 600 entreprises dans chaque ville, dont la moitié est dirigée par des femmes et un tiers par une personne migrante. Tous les chefs d’entreprise interrogés ont obtenu des scores relativement élevés sur une échelle de résilience personnelle, sans réelle différence liée au sexe, à l’origine ethnique ou à l'emplacement dans une zone à revenu faible ou à revenu intermédiaire.

Près d’un tiers des entreprises a déclaré avoir connu une crise majeure au cours des cinq dernières années, la  proportion la plus élevée étant à Londres (38 %). Malgré cela, la planification de crise n'est pas largement expérimentée par les petites entreprises, qui ont des difficultés à identifier les principales causes de perturbations de leur activité. Si les entreprises dirigées par des femmes et des migrants connaissent plus de crises, cela peut s’expliquer par le manque de soutien approprié et l’absence de conseils émanant de personnes extérieures à l’entreprise (comptables, avocats, gouvernement ou autorités locales). Les dirigeants des minorités sont, en effet, plus susceptibles de consulter des sources informelles telles que les membres de leur famille.

Par ailleurs, les entreprises ont souvent surestimé l'impact des menaces et minimisé les facteurs qui ont effectivement conduit à la crise. Dans la plupart des villes, les chefs d’entreprise considèrent les facteurs « internes » — le départ d’un membre clef du personnel, par exemple — comme les principales menaces. En réalité, la crise est souvent liée à l'environnement extérieur : des changements dans le comportement ou les coûts des clients, des modifications de la réglementation, des grèves, de la criminalité…

En général, les entreprises dirigées par des femmes ou des migrants sont plus susceptibles d’évaluer les risques comme potentiellement catastrophiques pour leur entreprise que leurs homologues non minoritaires.

Les types d'aide ayant le plus contribué à surmonter la crise varient selon les cinq villes. Les entreprises londoniennes valorisent davantage l'expérience d'autres dirigeants, alors qu'à Paris, c’est l’apport d’un soutien financier supplémentaire qui est plus valorisé. Dans l'ensemble, les chefs d'entreprise migrants sont plus enclins à accéder à diverses sources de soutien que les chefs d'entreprise natifs. Une explication possible pourrait être que les entrepreneurs migrants sont confrontés à plus de défis en raison du manque de réseaux personnels, d'accès au financement et de barrières linguistiques ou culturelles.

© Enterprise Research Center

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Catherine Laffineur
Maître de conférences en sciences économiques à l'Université Nice Sophia Antipolis, Groupe de Recherche en Droit, Economie et Gestion (GREDEG)